Un chouette Petit Bivouac 2
( Suite et fin du précédent épisode )
Les trépieds sur l’épaule, nous suivons Luca qui avance d’un pas décidé au milieu de la forêt. Nous ne savons pas où il nous mène, mais il a l’air content de lui. Il nous avait promis une surprise, nous n’allons pas être déçus…
Quelques minutes de marche plus tard, nous avons changé de versant, et nous attaquons une pente un peu plus raide.
Très vite, Luca nous fait un signe et montre un grand hêtre avec, à mi-hauteur du tronc, une belle cavité de pic noir. Nous savons ce que cela signifie… et c’est incroyable !
Nous voilà passés en quelques centaines de mètres, du royaume de la plus petite des chouettes, à celui de la plus mystérieuse, la Tengmalm.

Nous recherchons rapidement un point de vue à travers les branchages et nous nous installons discrètement, les objectifs rivés sur la cavité. Nous devons être plus discrets pour avoir la chance de pouvoir observer cette espèce car elle est plus sensible au dérangement que la chevêchette.
Luca, quant à lui, vise dans une toute autre direction. Il a identifié, au fil des jours et de ses observations, un arbre, et en particulier une branche, sur laquelle le mâle est déjà venu se poser plusieurs fois. Il espère secrètement filmer son arrivée sur ce perchoir, avant que la nuit ne soit trop sombre.


Alix et moi sommes toujours concentrés sur la loge lorsqu’un jeune y fait son apparition.
Encore bien maladroit, il tente de trouver son équilibre à l’entrée de la cavité.

Un chuintement léger sur la gauche, c’est le mâle qui approche. Tout le monde se fige, plus un bruit. Luca est concentré sur sa branche, et Fred concentré sur Luca. Il fait déjà très sombre. Encore quelques chuintement et le mâle apparaît soudainement à l’endroit exact où Luca l’attendait. À son grand sourire, Fred comprends que Luca vient de filmer la séquence qu’il avait imaginé et qu’il espérait depuis longtemps.


La nuit est noire, pas de lune ce soir. La ligne d’horizon est déchirée par les cimes des épicéas qui incitent à monter le regard vers le plafond d’étoiles. Il est temps de rejoindre nos sacs de couchage au milieu de la forêt. Tous s’endorment au chant de la Tengmalm au loin, et du croule des bécasses qui nous survolent.



4h30, premières lueurs
Fred est réveillé par les aboiements rauques d’un chevreuil, à quelques mètres de nous. Il ne semble pas apprécier leur présence. Est-il le seul à l’avoir entendu, tout comme la tengmalm qui a chanté toute la nuit. Je n’ai peut-être pas si bien dormi que ça finalement… On replie rapidement les sacs, direction la chevêchette. Le mâle chante déjà sur le secteur, il revient de chasse.
Pas le temps de finir le café…
La femelle lui répond et le rejoins immédiatement. Pas le temps de régler le matériel…
Échange de proie puis elle plonge aussitôt dans la loge. Pas le temps de faire les photos…
Ça promet !


Nous passerons ainsi une bonne partie de la matinée à observer ce couple, dans ce petit coin de forêt, sur les Hauts Plateaux du Vercors. Un spectacle dont je ne me lasserai jamais. Il est temps de repartir, mais nous décidons de faire un petit détour par le grand hêtre à tengmalm.
Le tronc est baigné d’une lumière incroyable, un poussin nous observe déjà à notre arrivée. Le temps de s’installer, une seconde tête apparaît. Nous n’avons plus qu’à profiter du spectacle…


Un grand merci Luca pour avoir partagé avec nous cet endroit si sauvage, si précieux, merci pour ta confiance et merci pour ce chouette petit bivouac.

